dimanche 6 novembre 2011

L'étourderie

Une adaptation très libre d'un morceau du nouvel album de Camille ILO VEYOU (recommandé chaudement par la maison)


















samedi 8 octobre 2011

Julietta


Julietta était une petite fille calme et timide. Aussi ne pouvait-elle rien faire d'autre que rester immobile et ouvrir de grands yeux, face à l'effroyable Monsieur Lucien, l'épicier du village, qui hurlait et s'époumonait, accusant la petite fille d'avoir renversé cette pile de boîtes de tomates au jus.

Les personnes présentes dans la boutique commençaient à protester,
... sachant pertinemment que ce n'était pas un enfant de la taille de Julietta qui avait pu faire cela,
... sachant que la pile de conserves tenait un équilibre très précaire,
... sachant enfin et surtout que la petite Julietta aurait pu être gravement blessée.



Au milieu de ce chaos sonore et rouge de tomates, Julietta se tenait immobile et silencieuse. Et tout à coup, le silence envahit tout.
Même l'horrible Monsieur Lucien avait le sifflet coupé.
Il faut dire qu'il venait de lui pousser sur la tête, au milieu de son unique mêche de cheveux, un magnifique pissenlit, jaune soleil, avec de très belles feuilles.
Les badauds autour étaient ébahis.
Le déconfit Monsieur Lucien paniquait :
oh non ! Pas lui ! Pas à son tour !


C'était effectivement un phénomène que l'on avait déjà observé  dans le village à deux ou trois occasions,  durant ces derniers jours.

Ainsi, la vieille institutrice acariâtre se promenait maintenant avec un bouquet d'orties sur le chef, lui rappelant combien cette plante pouvait être irritante et comme il était méchant d'en attraper une branche pour fouetter les jambes des enfants qui ne savaient pas résoudre un exercice de mathématiques.


Alfred Grasmuta, le voisin des parents de Julietta, qui avait la fâcheuse habitude de se promener en débardeur et de se gratter les dessous de bras avait vu pousser au creux de son aisselle de fort jolies branches d'églantier, dont les fruits portent si bien le surnom de "poil à gratter".
Cela donnait enfin à ce triste sire une bonne raison de s'adonner à son vice du grattage.
Il était maintenant tellement occupé à soigner ses démangeaisons qu'il ne perdait plus de temps à jeter des cannettes de bière vides et des insultes aux malheureux enfants qui osaient passer devant sa maison (ce qui, il faut bien l'avouer, est très problématique quand il s'agit de votre voisin et qu'on est bien obligé de prendre ce chemin pour rentrer chez soi).


Toute personne un tant soit peu observatrice etprésente lors de ces divers événements aurait pu remarquer qu'à chaque fois, Julietta était présente.
Et plus encore, Julietta avait été la victime des attaque de ces méchants.

Cette même personne très observatrice aurait pu également remarquer que le début des incidents décrits précédemment coïncidait exactement avec le début de la transformation du jardin des parents de Julietta.

En effet, ce jardin auparavant assez banal s'était métamorphosé en un magnifique parc.
Les couleurs des fleurs explosaient aux yeux des passants, des espèces rares se développaient incroyablement, dans cette région où le climat était loin d'être propice aux plantes exotiques.

Pour le plus grand étonnement des habitants de cette demeure.


Le papa de Julietta n'était pas un as du jardinage et sa maman avait beau adorer les plantes, elle n'avait malheureusement pas la main verte et ses tentatives de plantation étaient souvent vouées à l'échec.
Ce qui étonnait le plus la mère de la petite fille était la variété des plantes qui poussaient désormais avec volupté sur leur terrain. On trouvait toutes sortes d'espèces qu'elle avait pu un jour évoquer ou admirer devant sa petite Julietta.

Voici comment tout avait commencé quelques jours plus tôt.

Julietta révait gentiment dans le jardin tandis que le chat chassait les papillons sur la pelouse.
Puis le minou passa des papillons au seul petit buisson du jardin et se mit à tourner autour en grognant.

Quand Julietta s'approcha du buisson, elle aperçut, caché dans ses branches, un minuscule lutin tout tremblotant.


"Aide-moi s'il te plaît. cet affreux matou va me croquer.
- mais non, il veut juste jouer.
- Jouer, jouer... tu as vu ses griffes ?
-Que fais-tu là ?
- Je suis le lutin de ton jardin. Il y en a un dans chaque jardin. Je suis ici pour aider les plantes à pousser mais rien à faire, ton chat m'empêche sans arrêt de faire mon travail. Et là, je ne peux même pas m'enfuir.
- D'accord, je vais t'aider. ne bouge pas de là.
- peuh... ça risque pas !".

Julietta attrapa le chat et le força à s'éloigner, malgré les protestations évidentes de ce dernier.
Puis elle revint au buisson.
"Sors-moi de là s'il te plaît.
-Il faut attendre. Le voisin, Monsieur Grasmuta est encore dehors à boire de la bière".

Le gras Alfred grasmuta fixait justement Julietta et lui lança :
"Quest-ce que tu mijotes encore toi ? Ne t'avise pas de passer sur mon trottoir où il t'en cuira".

Julietta haussa les épaules puis alla chercher l'arrosoir.
Elle le remplit d'eau et alla d'abors arroser la petite fleur dans le pot.

"C'est pas comme ça que ça va pousser", hurla Grasmuta, "z'êtes vraiment pas doués dans cette bicoque".

Julietta haussa de nouveau les épaules, retourna remplir l'arrosoir et se dirigea vers le buisson où était caché le lutin.
Elle chuchota, en prenant bien soin de ne pas mouiller le petit bonhomme :
"dès que l'arrosoir sera vide, saute vite dedans".

Aussitôt dit, aussitôt fait.


Julietta demandé tout bas :
"Où veus-tu que je te dépose ?"

Grasmuta de son côté se remit à maugréer :
"Et en plus la gamine parle toute seule. Vraiment une maison de cinglés".

Julietta haussa une nouvelle fois les épaules et se dirigea derrière la maison en tenant fermement son arrosoir.

Elle demanda de nouveau au lutin :
"Bon alors, où veux-tu que je te dépose ?
-Passe l'arrosoir derrière le buisson de ronces au fond du jardin".

Lorsque Julietta souleva l'arrosoir au dessus des branches pour déposer son passager, celui-ci bondit sur son épaule et lui susurra à l'oreille :
"Tu m'as sauvé la vie. Pour te remercier, je te donne le don de faire pousser ce que tu veux, comme tu veux, quand tu veux, où tu veux. ce don disparaîtra dès lors qu'il sera découvert. Adieu, et encore merci".


Sur ces paroles, le lutin bondit dans les ronces et disparut.

Au début, Julietta ne comprit pas le sens des paroles du petit homme.

"Faire pousser ce que je veux. Comme je veux. Quand je veux. Où je veux.
Faire pousser quoi ? les cheveux ? les tomates ?"

A peine eut-elle prononcé ces mots qu'un magnifique plant de tomates apparut sous ses pieds, se dressa jusqu'à sa tête et d'énormes pommes d'amour rebondissaient au bout de chaque branche.
Incroyable.


Julietta voulut faire un autre essai.
Elle tenta sa chance avec le pot de fleurs près de la maison : celui où une seule et pauvre malheureuse peite fleur luttait pour ne pas se flétrir.

A peine Julietta en eut-elle émis le souhait que le pot s'emplit des fleurs magnifiques et d'un feuillage qui débordait de tous côtés.

Grasmuta, qui l'avait aperçue en train d'arroser la plante et qui voyait maintenant la transformation s'approcha de la haie qui séparait les deux maisons.

"Ah ben ça alors ! Dis-donc, t'as utilisé quoi comme engrais chimique ? Encore un truc qui va tous nous empoisonner.
En plus la gamine est une empoisonneuse. Non mais quelle maison de cinglés".

Julietta, pour toute réponse, haussa les épaules et rentra chez elle.

Dans les nuits qui suivirent, elle s'attaqua à la transformation du jardin de ses parents. Bien que Julietta procéda par petites touches, pour que la mutation en soit pas trop brutale, le résultat n'en restait pas moins spectaculaire.

Et le gros voisin Grasmuta ne cessait de faire des commentaires désobligeants.

"Non mais vous avez vu ça ? E d'où qu'ils sortent l'argent pour toutes ces plantes ? Et qui entretient tout ça ? Qu'est-ce que c'est que ces magouilles ?
Et ces machins exotiques, on a le droit de planter ça ?"

Il criait et gesticulait tant et si fort qu'un soir, Julietta en eut assez.

"Oh là là ! celui-là ! S'il passait plus de temps à se gratter sous les bras, il nous ficherait un peu la paix".
Et hop ! Aussitôt une branche d'églantier (et oui ! le poil à gratter !) poussa sous un des bras d'Alfred Grasmuta.


Pris de panique, il fonça à l'hopital où assurément on n'avait jamais vu ça. Et bien sûr, on ne pouvait rien faire sauf lui poser une petite atèle entre le bras et le torse pour que les branches épineuses ne l'écorchent pas.

"Ca alors !", songeait Julietta. "Je n'avais pas pensé à ça."

Elle était néanmoins bien ennuyée. Il n'était pas dans sa nature de faire du mal aux gens.

Reconnaissons toutefois les bienfaits de cet incident.
Grasmuta se calfeutra chez lui et cessa durant quelques jours de persécuter les passants et les voisins.

Il n'avait cependant pas dit son dernier mot.

Il ye avait en effet à l'entrée du village un supermarché spécialisé dans le commerce de plantes.
De pauvres et vilaines plantes, génétiquement modifiées, dont on ne pouvait même pas récupérer les graines, dont les feuilles se desséchaient au bout d'une semaine, dont on ne pouvait tirer aucun fruit.

mais ce supermarché des plantes étiat le seul à des kilomètres à la ronde.

On ne pouvait éviter de passer par lui et on devait revenir puisque les plantes ne repoussaient jamais.
Une vraie escroquerie.



Grasmuta, qui connaissait le patron de ce magasin, contacta ce dernier pour lui parler du jardin de ses voisins.

C'est ainsi qu'un beau matin, un agent de police  vint sonner chez les parents de Julietta, accompagné du Directeur du magasin A LA GRASSE DES PLANTES (ce directeur était très mauvais en orthographe, et encore plus mauvais en jeux de mots).

La maman de Julietta ouvrit poliment la porte :
"Bonjour Madame, dit l'agent
-  Bonjour Monsieur l'agent. Et Monsieur ?
- Monsieur Malplant, répondit le grand bonhomme qui accompagnait l'agent.
- Que puis-je pour vous Messieurs ?
- Vous pouvez me rendre toutes les plantes que vous avez volées dans mon magasin, hurla le grand Monsieur avant que l'agent ait pu ouvrir la bouche.
- Quelles plantes ? Quel magasin ?
-Là, votre jardin ! Toutes ces plantes là ! Vous ne les aviez pas il y a encore une semaine. Je le sais. votre voisin me l'a dit. Voues les avez volées à LA GRASSE DES PLANTES, mon magasin, hurla de nouveau le grand échalas.
-Vous plaisantez j'espère. J'ai toujours eu ces plantes chez moi. Il est vrai que depuis une semaine, elles poussent miraculeusement mais je n'ai rien volé.
-Vous mentez, reprit Malplant.
-Monsieur l'agent, implora la maman de Julietta, nous sommes honnêtes.
Monsieur l'agent répondit :
-Peut-être y a-t'il un moyen de prouver que ces plantes sont à vous. Avez-vous des photos plus anciennes de votre jardin où l'on pourrait les apercevoir ?"

Ainsi allait la discussion que Julietta avait surprise alors qu'elle se préparait pour aller à l'école.

Elle décida d'arranger rapidement les choses.
Ainsi, en partant, son cartable sur le dos, elle s'arrêta devant chaque maison pour administrer aux plantes le même traitement qu'au jardin de ses parents.

Sauf... chez Grasmuta.

Le quartier gagna ce matin-là des couleurs extraordinaires, la végatations'étalait partout, des milliers de fleursrépandaient un parfum merveilleux.

Sauf... chez Grasmuta.



Chez Grasmuta, Julietta avait fait pousser un énorme paquet de ronces sans fruits, à feuilles grises, à épines pointues, qui bloquaient son allée.

Le gros voisin était si occupé à espionner avec une paire de jumelles ce qui se passait chez les parents de Julietta qu'il ne se rendit même pas compte de ce qui arrivait alentour.


Quand la maman de Julietta raccompagna Monsieur l'agent et l'affreux Malplant, quelle ne fut pas leur surprise devant la transformation du quartier.

La maman de Julietta s'exclama :
"Vous voyez. Les plantes poussent partout.
-Des voleurs, ce sont tous des voleurs", hurla Malplant.
- Ah ça suffit Malplant", tonna Monsieur l'agent."je considère l'affaire close. Et nous vous présentons toutes nos excuses Madame Doujardine (ainsi s'appelaient les parents de Julietta. Doujardine, ça ne s'invente pas).
"-Mais...mais...mais..." piaffait Malplant.
"- Ah ça suffit Malplant", retonna Monsieur l'agent."Ou je vous fais arrêter pour faux témoignage".

Grasmuta qui espionnait de l'autre côté de la haie n'en revenait pas.
Il était furieux que son plan ait échoué.

Le même soir, lorsque Julietta revint chez elle, les habitants du quartier étaient tous joyeux, sortaient dans la rue pour se parler, commenter les beautés qui les entouraient.
Julietta était très fière de ces changements.
Sa maman l'attendait à la maison et l'invita à venir s'assoir avec elle.
"-Tu as vu comme tout est joli et fleuri maintenant ?
- Oui, répondit Julietta, j'adore.
-C'est tout de même étrange de voir mes plantes préférées pousser ainsi.
- Moi je ne trouve pas ça bizarre, répondit Julietta. Ca prouve juste que la nature t'aime beaucoup.
-Et elle aime aussi les gens que j'apprécie. en revanche, Dame Nature ne semble pas porter grande estime à Monsieur Grasmuta. C'est étonnant non ?
-Méchant comme il est, moi ça ne m'étonne pas du tout, grommela Julietta.
-Dame Nature fait aussi des tours bizarres à des personnes pas très sympathiques ces derniers temps. comme Monsieur Lucien, notre épicier".
Julietta ne répondit rien. Elle se contentait de regarder droit devant elle.
madame Doujardine reprit :
"Tu sais, quand j'avais ton âge, j'avais découvert dans notre jardin un merveilleux petit bonhomme. Un lutin des jardins. Je l'avais délivré d'une grosse toile d'araignée où il s'était empêtré et pour me remercier, il..."
- Oh non ! Maman, mon secret...
- Je suis désolée Julietta, cela devait arriver".

Aussitôt, les branches d'églantier disparurent des aisselles de Grasmuta, les orties de la tête de la vieille institutrice acariâtre, les pissenlits du crâne de Monsieur Lucien. A leur grand soulagement.


Néanmoins, ils prirent bien soin de ne plus s'emporter comme auparavant auprès de leurs semblables, de crainte que la malédiction ne revienne.

ce dernier point ne concernait évidemment pas l'incorrigible Grasmuta. Mais celui-ci était désormais tellement occupé à tailler la ronce géante qui envahissait son jardin qu'il n'avait plus trop de temps à consacrer aux imprudents qui auraient osé piétiner son trottoir.

Ce qui n'arrivait d'ailleurs que très rarement, car c'était la seule maison du quartier où il n'y avait pas de jardin merveilleux à admirer.

Dame Nature avait pris soin de laisser vivre partout alentour les merveilleuses plantations tout droit sorties de l'imagination de notre petite Julietta.









lundi 5 septembre 2011

un nouveau monde


La planète TERRA II était occupée depuis maintenant plus de 2000 ans.
Les terriens avaient été envoyés sur ce qui était en réalité un astéroïde artificiel géant lorsque la vie sur terre était devenue impossible.
Celle qu'on appelait jadis la planète bleue n'était plus qu'un amas de cendres, de terres stériles, de sols déchirés. L'air y était vicié à l'excès, plus rien de poussait, plus d'eau, plus de végétation.
Plus rien.


Une seconde chance avait été donnée aux habitants de cette planète par les scientifiques.
La construction de l'astéroïde TERRA II avait pris énormément de temps et il en fallut encore plus pour le transfert des survivants de la vieille planète mourante.
Pourtant les rescapés ne semblaient pas avoir appris beaucoup de leurs erreurs passées.
Tout revenait aujourd'hui à l'dentique. Les gens consommaient, se battaient, polluaient l'air et se fichaient de ceux qui suivraient.

C'est sur cet astéroïde que vivaient deux enfants... pas comme les autres.

Camille aimait les oiseaux.

Les rares espèces survivantes sur l'astéroïde étaient de petits oiseaux gris, déplumés, pauvres piafs qui s'époumonnaient à chanter sur des arbres artificiels, laids et sinistres.


Mais Camille avait un don. Elle dessinait à merveille. Des oiseaux fabuleux, colorés, tellement réels qu'ils prenaient vie sur le papier pour s'envoler dans sa chambre et se sauver parfois par une fenêtre ouverte.
Ainsi certains voyaient de temps à autre passer dans le ciel toujours gris des oiseaux flamboyants et se demandaient par quel miracle de si beaux spécimens étaient parvenus jusqu'à eux.


Camille cachait précieusement son don à son entourage, de peur qu'on ne l'empêche de continuer d'exercer son art.
Les enfants de l'astéroïde n'étaient pas censés créer. Les enfants "comme il faut" passaient leur temps devant leur écran 3D, à gober sagement ce qu'ils étaient censés assimiler pour survivre. Un vrai bourrage de crâne.

Arthur lui aimait les chats et la poésie.
Les chats étaient rares sur TERRA II, considérés comme des parasites inutiles à la nouvelle société des survivants.
Un viiel homme du voisinage qui s'était pris d'affection pour Arthur lui avait confié avant sa mort ses précieux ouvrages de poésie et son vieux chat Sacha, un chat miraculeux qui venait d'on ne sait où.
Arthur adorait le chat. Il passait son temps à l'observer, entre deux poêmes.


Arthur observait tout, marchait sans arrêt le nez en l'air, et savait comme personne retranscrire avec ses mots l'air du temps en de magnifiques poêmes qui auraient tiré des larmes au plus dur des durs.

Cependant, l'air du temps était bien gris.

Pourtant, en flânant le nez en l'air comme à son habitude, Arthur avait remarqué depuis quelques jours qu'il volait dans le quartier de nouveaux oiseaux incroyablement colorés, rien à voir avec les malheureux piafs déplumés que l'on croisait partout.

Il avait remarqué que les oiseaux venaient tous de la même direction et il décida un matin de remonter à l'origine de ce feu d'artifice de couleurs.
Les gens autour de lui ne s'en préoccupaient guère, pressés d'aller rejoindre leur poste de travail pour la journée, gris, le nez baissé, tristes et sans pensée.

Il arriva bien vite à une petite maison à l'écart des autres et vit sortir trois nouveaux spécimens colorés d'une fenêtre sur le côté.
Il passa la tête par l'ouverture et découvrit Camille en train de danser au milieu de ses oiseaux.

"Salut, moi c'est Arthur.
C'est joli ce que tu fais.
Ca me rappelle un chouette poême de Jacques Prévert qui parlait d'un oiseau-lyre. Tu connais ?"

Camille était extrèmement surprise de voir ce petit garçon (Arthur n'avait que 12 ans alors que Camille en avait déjà 14) qui s'intéressait à ses volatiles alors qu'habituellement, elle faisait tout pour être invisible et ne pas attirer l'attention.
Méfiante au début (ne serait-il pas un espion ? Ne risquait-elle pas d'être dénoncée pour ses activités ?), elle finit par le faire entrer, constatant qu'il était inoffensif et bienveillant.
Arthur observa la pièce dans laquelle Camille dessinait les oiseaux qui voletaient, il réfléchit, s'assit et se mit à écrire.
Une fois son poême terminé, il proposa à Camille de le lire.
Lorsqu'elle découvrit ce que ses dessins avaient inspiré, des larmes de joie roulaient sur ses joues.
Une idée lui vint aussitôt.
Elle proposa à Arthur d'inverser les rôles.
Qu'il lui décrive l'oiseau idéal et son environnement et elle transcrirait en dessin les mots du jeune homme.
Arthur trouva l'idée formidable et ils se mirent aussitôt à l'ouvrage.
Le résultat fut saisissant.
L'oiseau était magnifique et la pièce où il voletait était baignée de lumière et de verdure.

Arthur et Camille étaient épatés de ce qui était sorti de leur imagination et de leurs mains.
Si l'astéroïde dans son ensemble pouvait ressembler à ce petit bout de pièce.
Si on sortait enfin de cette grisaille et de cette tristesse.
Si on arrêtait de considérer la beauté de la nature comme inutile et superflue.
Leur projet était né.
Arthur et Camille allaient tout changer.
Refaire peu à peu un monde vert, bleu, jaune. Un monde tendre et heureux. Et tous ceux qui voudraient participer seraient les bienvenus.
Mais pour convaincre les autres, il fallait des arguments.
Pas question de forcer qui que ce soit mais plus question non plus de se cacher.
Pour changer le monde, il fallait faire du bruit, réveiller les consciences.
Alors Arthur et Camille, deux grands timides, frappèrent un grand coup.
Ils décidèrent de se rendre le Vendredi soir suivant sur la place B624 de leur zone de l'astéroïde.
Cette place était l'endroit où la plupart des habitants  avaient le droit de se réunir une fois par semaine, après le travail, pour se retrouver, discuter, échanger.
Certes, les sujets abordés étaient plus que banals mais c'était un moment de détente très prisé des habitants.
Ainsi donc, ce Vendredi-là, les deux enfants s'étaient installés sur un des bancs de la place.
Arthur avait préparé plusieurs poêmes pour l'occasion.
Il commença doucement à les déclamer tandis que Camille dessinait des animaux, des arbres, des fleurs et bien sûr des oiseaux qui prenaient corps à mesure autour d'eux.
Au début, personne ne leur prêtait attention, à l'exception d'une vieille dame dont les oreilles furent accrochées par le texte d'Arthur.
Elle était déjà submergée de douceur à l'écoute de ces mots merveilleux. L'apothéose fut atteinte lorsqu'un oiseau couleur de l'arc-en-ciel s'éleva au dessus des deux enfants.
La petite dame lâcha sa canne et applaudit à tout rompre.
Certains tournèrent la tête vers ce point d'attraction et bientôt la place regorgeait  de cris de joie, d'applaudissements et de rires au milieu d'une nature renaissante.

Les enfants avaient montré le chemin.
Tout restait encore à faire mais bientôt, enfin, l'astéroïde allait cesser d'être un bout de métal terne pour devenir une nouvelle planète, belle, respectée et sur laquelle on comprenait enfin à quoi tenait le bonheur.


lundi 22 août 2011

Clémentine

Sisu, chaque jour, partait à la pêche sur le fleuve qui longeait le village.
Chaque jour, il plongeait son filet dans l'eau, luttant conre le courant et attirant à lui le bon nombre de poissons nécessaire pour nourrir sa famille.
Ce matin-là, lorsque Sisu remonta son filet, celui-ci était bien plus lourd qu'à l'accoutumée.


Quelle ne fut pas la surprise de Sisu lorsqu'il découvrit au milieu des fruits de sa pêche une grosse boule orange, toute bosselée, avec une jolie petite queue verte.
Sisu était fort intrigué.



Il alla voir le vieux sage du village avec cette chose étrange afin de lui demander conseil.
Tout le monde sait que dans chaque village, il y a toujours un vieux sage, qui sait tout sur tout.



Le vieux sage du village de Sisu posédait dans sa hutte un livre magique : LE GRAND MARCEL IMAGE. Une mine d'histoires et d'informations qu'un blanc de passage il y a fort longtemps avait laissé au vieux sage alors qu'il ne l'était pas encore (vieux et sage).



Lorsque Sisu et le vieux sage trouvèrent enfin l'image correspondant à la boule orange, ils purent lire ceci :
CLEMENTINE : N.F. JOLI PETIT FRUIT ROND, DELICIEUX, AVEC UN ZESTE DE PIQUANT.
SES JOLIS PETITS QUARTIERS SONT CACHES SOUS UNE EPAISSE COUCHE PROTECTRICE.


Sisu et le vieux sage entreprirent alors de retirer cette couche protectrice.
Et là, sous la peau de la clémentine, ils découvrirent...
une petie fille toute rose !
Incroyable ! Ils ne parlaient pas de bébé clémentine dans le livre magique. Le vieux sage avait dû se tromper de définition.

"J'ai faim !", s'écria Clémentine.
Sisu courut traire la chèvre du village et revint avec un grand bol de lait frais.



Clémentine avala d'une traite le bon lait chaud et crémeux puis demanda, les lèvres encore pleines de mousse :
"Où est ma maman ? Et mon papa ?"
Sisu et le vieux sage expliquèrent alors comment ils avaient trouvé Clémentine dans le fleuve, seule, dans son enveloppe protectrice.
Clémentine était très triste et de grosses larmes coulaient sur ses petites joues, à l'écoute de cette sombre histoire.
Sisu était désolé. Il ne savait pas comment aider la petite fille.


Le vieux sage décida que puisque Clémentine était venue par le fleuve, c'était de ce côté qu'il fallait chercher.
Sisu et Clémentine allaient donc utiliser la barque du jeune homme pour remonter le cours de l'eau et inspecter les berges.
Le vieux sage lui resterait au village, étant trop âgé pour ce genre d'expédition, et il continuerait les recherches dans son livre magique.
Dès le lendemain matin, Sisu et Clémentine embarquèrent sur le bateau, accompagnés de la chèvre du village. Pas question de laisser Clémentine avoir faim !
Pendant ce temps, le vieux sage recherchait dans son livre magique tous les détails qui pourraient les aider. Il avait déjà découvert qu'il existait une variété très rare de Clémentine, qui poussait très loin d'ici et qui pouvait donner naissance à un bébé plutôt qu'à des petits quartiers pulpeux.
Le fruit s'accrochait non pas à un arbre mais au ventre d'une maman qui avait avalé par inadvertance un pépin d'agrume. Les naissances étaient très rares car le fruit pouvait tomber à tout moment, sans que la maman s'y attende.Les parents étaient toujours très vigilents cependant la nature est souvent plus forte.
C'était terrible. Le vieux sage imaginait le désespoir des parents de Clémentine. Il fallait absolument les retrouver.


Une fois par mois, un petit avion arrivait au village pour amener le courrier, des voyageurs ou les produits qui manquaient aux habitants. c'est ainsi qu'était venu le bland du GRAND MARCEL IMAGE. L'avion passait dans trois jours. Le vieux allait préparer des messages pour tous les journaux et toutes les radios du pays. c'est ainsi que le troisième matin...le vieux sage trouva à la descente de l'avion un homme et une femme et il sut aussitôt qu'il avait devant lui les parents de Clémentine. Il se précipita vers eux (enfin comme un très vieil homme avec une très vieille canne pour supporter son très vieux corps sage).
Les parents confirmèrent qu'ils étaient en croisère sur le fleuve lorsque leur fruit avait disparu. Ils parcouraient tous les villages à la recherche de leur bébé. Le vieux les ramena ravi jusqu'à sa hutte pour attendre leur petite fille, Sesu et la chèvre, de retour de leur expédition quotidienne.

Lorsque Sesu et Clémentine revinrent au village ce soir-là, ils étaient fort dépités. Leurs recherches étaient vaines et la chèvre essayait sans arrêt de se sauver du bateau, ne supportant pas le roulis de la barque. bref une bien mauvaise journée.
Quelle ne fut pas leur surprise lorsuq'ils découvrirent qui les attendait au village.
Clémentine se précipita dans les bras de son papa et de sa maman qu'elle reconnut aussitôt.
La petite fille savait désormais que ses parents seraient toujours là pour veiller sur elle, tout au long de sa vie. Elle avait aussi gagné dans cette aventure des amis précieux qui resteraient à jamais dans son coeur.
Enfin, chez elle, dans son lointain pays, Clémentine avait demandé à ses parents... une chèvre qui paissait tranquillement dans le jardin et donnait chaque jour du bon lait chaud et crémeux pour sa jolie Clémentine.
"E puis question tondeuse, on n'a pas trouvé mieux !", ajoutait son papa.


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